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Tout savoir sur le sujet ouïghour

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travail forcé des Ouïghours

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Tout comprendre sur le sujet du travail forcé des Ouïghours

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Temps de lecture estimé à 14 minutes

Sujet récurrent dans les médias depuis plus d’un an, le travail forcé des Ouïghours est loin d’avoir cessé. Malgré l’indignation mondiale face aux atteintes aux droits humains, certaines des plus importantes marques du monde tirent profit des faibles coûts de production des usines textiles situées dans la région du Xinjiang.

Ces dernières semaines, plusieurs ONG françaises se sont emparés du problème et plusieurs plaintes ont été déposées pour recel de travail forcé et de crime contre l’humanité. Rappelons que selon la loi sur le devoir de vigilance des sociétés mères, les sociétés établies en France qui emploient au moins 5 000 salariés français ou 10 000 dans le monde ont l’obligation de prévenir les risques sociaux, environnementaux et de gouvernance liés à leurs opérations, et même les risques liés aux activités de leurs filiales et de leurs partenaires commerciaux (sous-traitants et fournisseurs).

Mais quelle est exactement la situation actuelle en Chine ?

Pour vous aider à comprendre le contexte actuel en Chine, on vous invite tout d’abord à découvrir qui sont les Ouïghours, quelle est leur histoire avant de vous présenter un condensé des faits qui ont marqué la communauté du Xinjiang.

Le peuple de l’unité

Les Ouïghours ou Ouïgours, signifiant littéralement « unité », appartiennent à une ethnie turcophone, présente dans la province chinoise du Xinjiang, mais aussi au Kazakhstan, en Ouzbékistan, au Kirghizstan et en Turquie. Leur langue est l'ouïghour, appartenant à la famille des langues turques. Les Ouïghours forment une ethnie de confession musulmane majoritairement sunnite et constituent la deuxième minorité musulmane chinoise après celle des Hui. L’islam est présent au Xinjiang dès le Xème siècle, mais se développe surtout à partir du XVème siècle, période à laquelle les Ouïghours se convertissent massivement.

Xinjiang

Région du Xinjiang indiquée ici en rouge, CC BY-SA 3.0, Lien

Les Ouïghours sont historiquement nomades, comme de nombreux peuples turcs. D’abord alliés des Chinois contre les Göktürks occidentaux, ils fondent l’Empire ouïghour (Khaganat, 744 à 848) ; ce dernier est détruit par les Kirghiz, les obligeant à descendre plus au sud. Avec l'effondrement progressif de l'Empire mongol, la route de la soie se fragilise avant de pratiquement disparaître face à la concurrence des trajets maritimes. L’Empire Qing, après avoir conquis leur région, y installe des colonies militaires dans ce qu'elle nomme désormais Xinjiang, c'est-à-dire « la Nouvelle Frontière ».

Athéisme d’Etat

La Chine a toujours eu un rapport particulier avec la religion. La république populaire de Chine a instauré dès les années 50 une doctrine athéiste. L’athéisme d’Etat se distingue de la laïcité qui consiste en « la liberté de croire ou de ne pas croire, et ce, sans pression. » nous explique Patrick Weil, politologue français et directeur de recherche au CNRS. L'athéisme se définit davantage comme l'absence ou le refus de toute croyance en quelque divinité que ce soit. Si l’on suit le raisonnement de cette idéologie, la Chine ne peut admettre aucune religion quelle qu’elle soit.

Cependant, le gouvernement chinois semble s’attarder plus particulièrement aux religions minoritaires : le Bouddhisme, l’Hindouisme et l’Islam. Les communautés musulmanes sont singulièrement visées par les politiques répressives et restrictives que l’Etat.

Arrivée du communisme, début des discriminations

Le 1er mars 2020, suite à la publication d’un rapport de l’ONG Australian Strategic Policy Institute (ASPI) de nombreux médias dénoncent l’implication de dizaines de grandes marques de mode, du numérique, du secteur automobile dans l’exploitation de travailleu.r.se.s Ouïghours au Xinjiang. Mais l’origine de cette oppression n’est pas nouvelle, elle perdure depuis déjà plusieurs décennies !

La République de Chine, après le renversement du « dernier Empereur » en 1911, maintient le Xinjiang dans la République de Chine. La région commence à rêver d'indépendance et se soulève à deux reprises, en 1933 et 1944, dans le but de devenir une « République du Turkestan oriental ».

L'arrivée des communistes au pouvoir en 1949 marque le début de la répression ouïghoure. À partir de cette période, ils sont confrontés à des discriminations culturelles, démographiques et idéologiques. Les communistes cherchent alors à « diluer » la minorité musulmane en incitant les membres de l'ethnie Han, majoritaire en Chine, à s'installer sur ces terres de l'ouest. Entre 1949 et aujourd’hui, ils passent de 80 % à moins de 50 % de la population du Xinjiang.

La politique du yo-yo

À partir de 1958 et sous le couvert de la Révolution culturelle (de 1966 jusqu’à la mort de Mao Zedong en 1976), une politique de répression beaucoup plus dure a été mise en place envers les minorités : Tibétains, Ouïghours, etc. « On forçait les Ouïghours à manger du porc pour qu’ils abandonnent leur culture traditionnelle », raconte Jean-Philippe Béja. À la mort de Mao, la politique répressive s’adoucie, faisant place à une période de tolérance, de résilience et d’acceptation. « De 1979 à 1995, on observe ainsi une politique d’ouverture avec l’émergence de nouvelles élites ouïghoures (dont certaines sont des figures de la dissidence comme Rebiya Kadeer, présidente honoraire du Congrès mondial des Ouïghours exilée aux États-Unis), une tolérance religieuse, culturelle et une ouverture vers l’extérieur avec des autorisations de voyager, d’étudier à l’étranger ou de faire le pèlerinage à La Mecque. ».

En 1995, un soulèvement a lieu dans la ville d’Aksou, attribué à des mouvements terroristes ouïghours, met fin à la politique progressiste et lance une nouvelle vague de répression. Le gouvernement chinois prend une série de mesures restrictives telles que l’interdiction d’organiser des meshreps (rassemblements impliquant de nombreuses traditions et arts du spectacle, tels que la musique ouïghoure, la danse, le théâtre, les arts populaires, l’acrobatie, la littérature orale, etc.) en août 1995.

Une campagne visant à lutter contre le crime est lancée dès 1996. Intitulée « Frapper fort », elle sert en réalité à justifier l’arrestation de plusieurs dizaines de militants politiques et religieux du Xinjiang. Certains de ces militants, accusés d’être favorables à l’indépendance, seront exécutés publiquement. Plus de 10 000 personnes accusées de « séparatisme » sont arrêtées au cours de cette campagne.

Des événements de Guldja en 1997 aux JO de 2008

Le 5 février 1997, pendant la période du Ramadan, la police chinoise procède à l’arrestation de deux étudiants musulmans ouïghours accusés « d’activités religieuses illégales » à Guldja. Des manifestations éclatent le lendemain demandant leur libération et l’autorisation d’organiser à nouveau des meshreps.

La police et l’armée chinoise ouvre le feu sur les manifestants, le bilan fait état de 167 morts. 5 000 personnes sont arrêtées, dont des personnes âgées, des jeunes femmes et des enfants, accusés de vouloir « diviser la patrie », de mener une activité criminelle et fondamentaliste religieuse. Le gouvernement chinois procède à l’exécution publique de sept Ouïghours afin de montrer l'exemple.

Le 15 octobre 2001, deux participants au soulèvement de 1997 furent exécutés, trois autres condamnés à des peines de mort et six autres à des peines de prison (dont deux à perpétuité).

Des atteintes systématiques portées à la langue, au patrimoine ou aux traditions religieuses des Ouïghours ont pour conséquence de réduire leur culture à un folklore. La communauté musulmane est présentée par les autorités chinoises comme une des principales menaces sur la sécurité des Jeux olympiques d’été 2008 de Pékin. Sa responsabilité est mise en cause dans l'attaque d'un poste de police le 4 août 2008 dans la province du Xinjiang, attaque qui fait seize morts.

Accélération de la répression

La domination des Ouïghours par les Hans, ethnie dominante en Chine et représentante du pouvoir de Pékin, va entrainer une vague d’attentats au Xinjiang dans les années 2010. Lorsque Xi Jinping arrive au pouvoir en 2014, il veut clore « le problème Ouïghours et veut faire disparaître toute forme de contestation qui remettrait en question la souveraineté de l'Etat chinois. », analyse Rémi Castets, directeur du département d'études chinoises de l'université Bordeaux-Montaigne. Dès le début des années 2010, des centaines de milliers de musulmans pratiquants ouïghours et kazakhs sont envoyés dans des camps de rééducation chinois.

Le New York Times révèle que la surveillance de masse de la population ouïghoure aurait commencé à partir de 2013 via des logiciels espions.

La répression gagne en ampleur en août 2016 avec l’arrivée de Chen Quanguo en tant que chef du parti au Xinjiang. Il relaie la stratégie politique de Xi Jinping à l’égard du peuple ouïghour à tous les hauts fonctionnaires de la région.

Le monde réagit avec ambivalence

Entre 2005 et 2020, la Chine a su mettre habilement en place un lobbying étatique, en intégrant une multitude de sphères d’influence au sein de diverses instances internationales. Ces places lui assurent un rôle stratégiquement fort et un soutien sans précédent. Le gouvernement chinois a su jouer sur les 2 tableaux entre ouverture au monde en rejoignant ces organisations économiques et politiques, et fermeture en refusant de ratifier des conventions régissant les droits humains, toujours selon ses propres intérêts.

En 2005, M. Wan Jingzhang, un diplomate chinois retraité déclarait « les hauts fonctionnaires chinois aux Nations unies se comptent sur les doigts de la main. ». Quinze ans plus tard, la Chine a largement investi les instances de régulation mondiales : plusieurs d’entre eux occupent des postes de direction, par exemple à la Cour internationale de justice (CIJ) ou à l’Union internationale des télécommunications (UIT) et dernièrement à la tête de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture).

Mardi 29 octobre 2019, dans l’hémicycle de la troisième commission de l’ONU des affaires sociales, humanitaires et culturelles, quelque 54 États ont martelé éloges et compliments à propos de la politique menée par Pékin dans sa région autonome du Xinjiang.

Déjà en 2019, 37 pays avaient signé une tribune :

« Face au grave défi du terrorisme et de l’extrémisme, la Chine a pris une série de mesures de lutte contre le terrorisme et de déradicalisation dans le Xinjiang, notamment la création de centres d’enseignement et de formations professionnels. » De quoi rester quelque peu perplexe...

Aujourd’hui, la Chine a atteint une telle puissance qu’elle ne se sent pas contrainte par le respect des droits humains et autres conventions internationales. « Seule la Cour internationale de justice – que la Chine n’a pas rejointe – et l’ONU – où la Chine peut s’opposer unilatéralement à toute décision – ont un pouvoir d’action », dit Thibaut Fleury Graff, professeur de droit international à l’Université de Rennes.

Transformation par l’éducation ou aliénation forcée ?

On estime qu’au moins un million de personnes sont détenues dans des centres « de transformation par l’éducation » ou « de formation professionnelle », où elles subissent de nombreuses violations des droits humains.

Ces centres d’internement et camps de travail forcé auraient pour objectif d’endoctriner et changer l’idéologie d’un peuple entier. Renier ses valeurs, ses traditions et sa religion pour faire place à l’uniformisation de la société chinoise. « Brisez leur lignée, brisez leurs racines, brisez leurs connexions et brisez leurs origines. Labourez complètement les racines des « personnes au double-visage », déterrez les, et jurez de combattre ces personnes au double-visage jusqu'à la fin. » déclare Maisumujiang Maimuer, responsable des affaires religieuses chinoises.

Les arrestations se fondent sur une liste de plusieurs dizaines de « signes de radicalisation », qui incluent des pratiques culturelles courantes dans le Xinjiang, comme le port d’une longue barbe, le fait de ne pas boire ni fumer, l’étude de la langue arabe ou la prière en dehors des mosquées. Avec le temps, les motifs d'arrestation deviennent de plus en plus mineurs : en 2018, la possession d'une application mobile de lecture du Coran, le fait d'aller à la mosquée un autre jour que le vendredi ou un contact à l'étranger peuvent suffire à l'incarcération. Le système opère en dehors du système judiciaire, sans procès ni défense. Pour Rebiya Kadeer « c’est un système arbitraire total, une sorte de détention préventive, basés sur la détention administrative, c’est-à-dire qu’il n’est pas nécessaire d’avoir été condamné pour y être emprisonné. Nulle procédure, nulle possibilité de recourir à un avocat et même nul chef d’inculpation. On peut rester dans ces camps très longtemps, certains à perpétuité ».

Espionné.e.s jusque dans la sphère privée

En dehors des camps, les autorités chinoises du Xinjiang effectuent un contrôle très poussé de la vie personnelle des ouïghours : des fonctionnaires sont envoyés vivre dans des familles musulmanes pour y vérifier ce qu'elles mangent, leurs prières, l'éducation de leurs enfants ou encore leurs codes vestimentaires. Des voitures de police patrouillent dans les grandes villes en appelant via un haut-parleur à dénoncer les extrémistes aux autorités.

Selon un rapport publié par l'anthropologue Adrian Zenz, une campagne de stérilisation forcée est mise en place pour les femmes ouïghoures en âge de procréer. Certaines femmes expliquent avoir été contraintes à la stérilisation et à l’avortement sous peine d’être envoyées dans les camps. Dès avril 2017, le gouvernement chinois interdit l’utilisation de 29 prénoms musulmans pour les nouveau-nés en menaçant les familles de ne pas pouvoir obtenir leur livret de famille (hukou).

Xinjiang Papers

Le 9 septembre 2018, un rapport de Human Rights Watch regroupe des entretiens avec des ex-détenus et leurs proches, racontant la torture et les dures conditions de vie dans les camps d'internement. L'ONG indique que la Chine « compte sur le fait que cela ne lui coûtera rien sur le plan politique en partie grâce à son influence au sein du système des Nations Unies ». Le même jour, Michelle Bachelet, Haut-Commissaire aux droits de l'homme, dénonce les camps et demande au gouvernement de permettre à l'ONU d'avoir accès à toutes les régions de la Chine. Geng Shuang, porte-parole de la diplomatie chinoise, réagit énergiquement en demandant à l'ONU de respecter la souveraineté de la Chine et justifie la répression d’une partie des Ouïghours par la lutte contre le terrorisme islamiste et le séparatisme.

Les Xinjiang Papers, documents internes chinois transmis au New York Times en novembre 2019, documentent la répression contre la minorité musulmane et la nature des camps. On y apprend les pratiques de tortures réalisées sur les détenus dissidents : stérilisation forcée des femmes, torture à l’électricité (chaise, gant, casque, viol anal avec un bâton), viol, prélèvement d’organes, etc. selon divers témoignages d’anciens prisonniers et médecins.

Enver Tohti, ancien médecin Ouïghour, explique au média Vice qu’il a dû prélever des organes sur des condamnés à mort encore vivants : « il n’était pas mort et je lui ai quand même retiré son foie et son rein. Mon chef a récupéré les organes et m’a dit de tout oublier. ».

Pour obtenir leurs « diplômes de déradicalisation », les détenus doivent obtenir un certain nombre de points prouvant leur transformation idéologique. Ce nombre de points varient en fonction de leur attitude, mais aussi celle de leurs proches à l’extérieur des camps.

Actuellement dans la région de Xinjang, de nombreux enfants (9 500 en 2018 selon Adrian Zens) sont placés dans des pensionnats sous tutelle de l’État et dans des institutions chargés de la protection de l’enfance. Ils sont un millier à être séparés de leurs deux parents pour recevoir, loin d’eux, une éducation favorable au régime communiste.

Le mur de la honte

La région du Xinjiang représente près d’un cinquième de la production mondiale de coton et fournit de nombreux géants de l’habillement. L’essentiel des marques de fast fashion travaille avec des usines situées dans la région du Xinjiang et utilisent du coton chinois.

Il y a donc tout juste un an, 83 marques ont été dénoncées par ASPI de s’approvisionner en coton ouïghour. Il s’agit de Abercrombie & Fitch, Acer, Adidas, Alstom, Amazon, Apple, ASUS, BAIC Motor, BMW, Bombardier, Bosch, BYD, Calvin Klein, Candy, Carter’s, Cerruti 1881, Changan Automobile, Cisco, CRRC, Dell, Electrolux, Fila, Founder Group, GAC Group (automobiles), Gap, Geely Auto, General Motors, Google, Goertek, Haier, Hart Schaffner Marx, Hisense, Hitachi, HP, HTC, Huawei, iFlyTek, Jack & Jones, Jaguar, Japan Display Inc., L.L.Bean, Land Rover, Lenovo, LG, Li-Ning, Mayor, Meizu, Mercedes-Benz, MG, Microsoft, Mitsubishi, Mitsumi, Nike, Nintendo, Nokia, The North Face, Oculus, Oppo, Panasonic, Polo Ralph Lauren, Puma, Roewe, SAIC Motor, Samsung, SGMW, Sharp, Siemens, Skechers, Sony, TDK, Tommy Hilfiger, Toshiba, Tsinghua Tongfang, Uniqlo, Victoria’s Secret, Vivo, Volkswagen, Xiaomi, Zegna, ZTE, Inditex (qui détient les marques Zara, Bershka, Massimo Duti) ainsi que certaines de leurs filiales.

Ces marques constituent ce qu’on appelle le mur de la honte, nom faisant référence à leur implication et leur inaction face à cette situation, la plupart feignant de ne pas savoir, ou de fermer volontairement les yeux.

Après de fortes pressions médiatiques et mobilisations citoyennes, certaines de ces marques ont décidé de rompre leur contrat avec les entreprises chinoises exploitant les Ouïghours. D’autres entreprises internationales les ont simplement ignoré, pensant n’avoir aucun compte à rendre ni aucune responsabilité vis-à-vis de cette oppression.

Depuis mars 2021, le gouvernement chinois a mis en place une guerre médiatique demandant au peuple de boycotter les marques souhaitant stopper leur contrat avec les entreprises chinoises recourant à l’esclavage des Ouïghours. Les médias d’État encouragent l’utilisation du hashtag #jesoutienslecotonduxinjiangaussi. Certaines marques comme Zara, Tommy Hilfiger ou Calvin Klein, qui avaient pris la décision de mettre un terme à leur implication dans la répression ouïghoure, reviennent sur leurs décisions, Zara allant même jusqu’à retirer la page où la marque dénonçait les pratiques de travail forcé.

Encore plus stupéfiant, Hugo Boss se vante même de recourir au coton du Xinjiang aux yeux des consommateurs chinois tandis qu’il prétend ne pas en utiliser devant les médias européens et américains.

Ces puissantes entreprises internationales seront-elles tenues un jour responsables de leurs actes et de ceux de leurs filiales et sous-traitants ?

La pression exercée par les associations françaises

Les choses bougent, les rapports d’enquête sont publiés et les associations françaises commencent à prendre les armes juridiques à bras le corps.

L’association des Ouïghours de France a déposé, le mercredi 24 février 2021, une plainte contre Nike devant le tribunal judiciaire de Paris. En effet, depuis la publication du rapport de l’ONG ASPI, la marque continuerait à travailler avec le fournisseur Qingdao Taekwang Shoes Co. Ltd, qui produit au moins sept millions de paires de chaussures par an pour Nike et a eu recours à un transfert de 600 ouvriers Ouïghours originaires de la province du Xinjiang en janvier 2020, essentiellement des femmes. Nike est accusé de recel de travail forcé et de crime contre l’humanité.

Une autre plainte, plus récente encore, concerne le groupe espagnol Inditex (propriétaire des marques Zara, Pull&Bear, Massimo Dutti, Bershka, Stradivarius, Oysho), le japonais Uniqlo, le français SMCP (Sandro, Maje, Claudie Pierlot et De Fursac). Elle vise aussi le fabricant américain de chaussures de sport Skechers. Elle a été déposée le 8 avril 2021 devant le tribunal de Paris par une rescapée ouïghoure, ainsi que le collectif Éthique sur l’étiquette, l’association Sherpa et l’Institut ouïghour d’Europe. Les entreprises mentionnées par la plainte sont accusées de « recel de crime de réduction en servitude aggravée, de crime de traite des êtres humains en bande organisée, de crime de génocide et de crime contre l’humanité ».

Cette plainte, déposée à Paris par le cabinet d’avocats Bourdon & associés, « n’est la première d’une série qui se déploiera dans les prochains mois dans d’autres pays européens » déclare William Bourdon.

Bon à savoir

Définition de crime contre l’Humanité de la Cour Pénale Internationale, Article 7 du Statut de Rome :

On entend par crime contre l’humanité l’un quelconque des actes ci-après lorsqu’il est commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette attaque :

  1. Meurtre
  2. Extermination
  3. Réduction en esclavage
  4. Déportation ou transfert forcé de population
  5. Emprisonnement
  6. Torture
  7. Viol, esclavage sexuel, prostitution forcée, grossesse forcée, stérilisation forcée
  8. Persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs d’ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste ou en fonction d’autres critères universellement reconnus comme inadmissibles en droit international
  9. Disparitions forcées de personnes
  10. Crime d’apartheid
  11. Autres actes inhumains de caractère analogue causant intentionnellement de grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé physique ou mentale.

Pour aller plus loin

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