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Sandro, Maje, Sézane… Les marques françaises milieu de gamme à la traîne sur l’éthique

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Sandro Maje Claudie Pierlot Sézane à la traîne sur l’éthique

Sézane, Sandro… Les marques françaises milieu de gamme à la traîne sur l’éthique

Sandro Maje Claudie Pierlot Sézane à la traîne sur l’éthique

Sézane, Sandro… Les marques françaises milieu de gamme à la traîne sur l’éthique

Sandro Maje Claudie Pierlot Sézane à la traîne sur l’éthique




Temps de lecture estimé à 8 minutes

Dans le monde opaque de la production mode, quelques marques françaises qui s’appuient sur une image mi-luxe mi-bohème pratiquent des prix aussi élevés que les marques éthiques. On a cherché à mieux connaître leurs parcours de production.

Sandro, Maje, Sézane, Balzac Paris, Des Petits Hauts… Leurs points communs ? Ce sont des marques françaises, milieu de gamme, où une robe s’achète 250€, un pull 195€, des sandales 155€. Elles surfent sur une image mi-luxe mi-bohème, le chic à la française, et revendiquent plus ou moins explicitement de « bien faire » leurs vêtements. En achetant chez elles, on a l’impression de posséder un peu du patrimoine mode parisien, d’être aussi « inspirante » – comme disent les communicants – que la fille du shooting officiel dans son joli appartement à la déco « Pinterest ». Cette imagerie ne garantit en rien une éthique aussi chic.

Chez ces jolies enseignes qui attirent de potentielles clientes de marques éco-responsables, la production reste le plus souvent floue.
Sandro Maje Claudie Pierlot Sézane à la traîne sur l’éthique

Confessions

Sandra, développeuse produit pendant dix ans auprès d’une marque française ciblant les CSP+ nous explique avoir travaillé toutes ces années sans jamais se poser de questions sur le potentiel polluant de la mode. « On est tous un peu aveugle » estime-t-elle à propos de sa profession, trois mois après avoir quitté son emploi. « On fait nos collections, point barre. On est tout le temps dans le jus, on n’a pas le temps de prendre du recul, de se poser les bonnes questions, est-ce que c’est bien fait, d’où ça vient, pourquoi je le fais… ». Les quelques fois où elle s’est rendue au Maroc, dans les usines de confection, impossible de connaître les conditions de travail dans le peu de temps passé sur place, ni si la rémunération était correcte. Ce n’était clairement pas le but du voyage.
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Quand la pression financière du groupe a augmenté, il lui a été demandé de réduire la qualité autant que possible sans que cela soit visible pour le consommateur, « en conservant les mêmes prix en magasin, bien sûr ». Les fidèles clients n’ont pas été dupes cependant, avoue-t-elle.

Première étape : la sensibilisation

Voilà ce qu’il peut se passer dans un environnement non sensibilisé à une production responsable. Les coûts environnementaux et sociaux sont tellement peu pris en compte que même des employés responsables de la production du vêtement n’ont pas forcément d’informations à ce sujet. Si les lignes bougent dans les grands groupes notamment suite au drame du Rana Plaza et à la loi sur le devoir de vigilance, cela ne concerne officiellement que les très grosses entreprises – comme le groupe Casino, propriétaire de Monoprix, ou encore LVMH.

Il est évidemment compliqué de toucher le vrai dans une enquête sur la fabrication, les marques établissant un discours officiel très difficile à vérifier. Sauf à pénétrer anonymement leurs usines, on ne peut pas prétendre avoir le fin mot de l’histoire. Cependant, en mêlant tous les éléments de communication, des reportages en usine, des témoignages de clientes et d’employés, des fondateurs, des responsables RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises)… on peut se faire une image plus éclairée. Voici les informations que nous avons récoltées.
Sandro Maje Claudie Pierlot Sézane à la traîne sur l’éthique

Une réaction sur le compte Facebook de Sézane après la diffusion du documentaire La face cachée des soldes dénonçant les conditions de fabrication de nos vêtements où apparaissent des produits Sézane.

Sézane – Éco-responsabilité en cours de mise à jour

Créée en 2013, Sézane, qui distribuait à l’origine ses vêtements exclusivement en ligne, compte aujourd’hui deux boutiques en France, une à New York, trois corners au Bon Marché et une boutique à Londres. Les premières années, on lisait souvent sur les étiquettes des vêtements : « FAIT AVEC AMOUR en France/au Portugal/en Italie ». Des lieux de confection revendiqués comme points forts d’une marque qui limite les intermédiaires et fabrique en quantités limitées (encore aujourd’hui, il faut se lever de bonne heure le jour de l’ouverture des ventes pour avoir une chance d’acheter la pièce repérée).
Sandro Maje Claudie Pierlot Sézane à la traîne sur l’éthique
Là où l’on tique : Robes made in Bulgaria, maillots de bain fabriqués en Tunisie, vestes faites en Inde, blouses en soie de Chine, t-shirts en provenance du Pérou. Le made in France ne concerne plus que quelques accessoires (colliers…), le made in Italy, principalement de la maroquinerie.

Sézane explique choisir le lieu de confection en fonction de la spécialité textile du pays (soie de Chine, coton du Pérou). Mais pour les robes et blouses en polyester venant d’Inde et d’Europe de l’Est, c’est plus compliqué à justifier.
Sandro Maje Claudie Pierlot Sézane à la traîne sur l’éthique

Mauvaise presse

En 2015, Sézane s’est fait remarquer dans un documentaire de l’émission d’M6, Capital – rediffusé en 2017 – La face cachée des soldes. On y découvrait que des manteaux étaient fabriqués à bas coûts dans un atelier de Macédoine par des couturières qui travaillaient six jours sur sept, payées à la minute, pour l’équivalent de « moins d’1€ de l’heure ». Gênant quand on assure sur son site que les vêtements viennent directement « des plus beaux ateliers jusqu’à vous ». Réponse de Sézane : « Nous ne sommes malheureusement pas sur place 300 jours par an ». La marque aurait découvert via le documentaire ce cas de sous-traitance d’un prestataire. Malheureusement il s’agit de la même réponse donnée par H & M et C & A au moment de la catastrophe du Rana Plaza.
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Ce qu’il se passe aujourd’hui : Sézane nous a répondu par la voix de sa Responsable RSE récemment embauchée. Ouverte à la discussion, celle-ci a cependant dû s’accorder avec le pôle Communication, pour finalement nous expliquer que Sézane « ne souhaite pas communiquer tout de suite » sur les questions de responsabilités sociales et environnementales. La marque est en train de « récolter toutes les infos » explique-t-elle laissant comprendre que même si « la problématique est prise très au sérieux », elle semble avoir été négligée depuis un moment. La bonne nouvelle est que cette responsable RSE a travaillé dans le secteur de la mode éthique, et qu’elle nous donne rendez-vous dans les mois qui viennent pour en reparler.

Balzac Paris – éco-responsabilité revendiquée

C’est la meilleure nouvelle de notre enquête. Cette marque au style proche de celui de Sézane, qui réalise toutes ses ventes en ligne (hors quelques ventes privées) est une des rares à faire preuve de cohérence éthique. Chrysoline de Gastines, la fondatrice de cette jeune entreprise née en 2014, nous explique travailler sans intermédiaire, et avoir installé l’essentiel de sa production au Portugal. « On a aussi une petite partie en Espagne. En Inde, on fait ce qui est coton et broderie, de manière éco-responsable, avec du coton bio », le bio étant une nouveauté de la rentrée 2018. Deux fois par an, la marque propose ses « collections responsables » et réédite des best-sellers, fabriqués à partir de chutes de leurs tissus. Toutes les usines sont de petites tailles, visitées tous les mois voire toutes les semaines, selon la marque. Balzac ne suit pas le rythme des soldes, mais pratique des réductions en fonction de fins de séries, comme beaucoup de marques qui pratiquent des « prix justes » et produisent en quantités « raisonnées ». À la rentrée dernière, Balzac a annoncé de nouveaux engagements, dont l’arrivée de tissus bio qui sont les premiers matériaux éthiques, en plus des chutes des Collections Responsables et d’un peu de maroquinerie en cuir à tannage végétal.
Sandro Maje Claudie Pierlot Sézane à la traîne sur l’éthique
À noter : Balzac renouvelle tout de même ses collections tous les mois, un rythme soutenu. À ce stade, rien n’est labellisé hormis le coton (GOTS), la transparence est pratiquée par touche et les matières premières sont pour l’essentiel conventionnelles. Le gros défi de la petite marque qui monte ? Conserver et affiner cette exigence éco-responsable et éviter de se perdre en grandissant. « On est précisément dans ce tournant, confirme Chrysoline de Gastines, et on concentre beaucoup de nos efforts là-dessus. »

Des Petits Hauts – la qualité sans l’éco-responsabilité

Le point fort revendiqué par Des Petits Hauts est l’exigence de qualité dans la confection comme dans le choix de matières premières (même si on ne recense aucune matière éco-responsable hormis un peu de lin). Des Petits Hauts évoque volontiers des détails séduisants de sa confection comme les pulls qui sont fabriqués pour 60% en Europe, dont 70% des fils viennent d’Italie. Une employée très impliquée nous assure que la marque veille à travailler avec des usines éthiques, qu’elle soigne les détails avec des boutons ou bijoux venus de France plutôt que des « chinoiseries » et que qu’elle-même observe que des tenues qu’elle porte très souvent tiennent des années sans s’abîmer (des clientes évoquent également cette qualité dans les groupes de « fans » sur Facebook).
Sandro Maje Claudie Pierlot Sézane à la traîne sur l’éthique

Le bémol : Les pays de confection (non indiqués sur l’e-shop) sont multiples et pas parmi les plus rassurants pour une marque peu transparente. Les étiquettes clament un ambigu « création française » avant de préciser made in Maroc, Bulgarie, Chine, Vietnam… Malgré notre insistance, la marque a refusé de répondre à l’ensemble de nos questions sur sa production et d’éventuelles démarches responsables.

Sandro, Maje, Claudie Pierlot – l’éco-responsabilité, une découverte

C’est un des plus gros groupes de textile français. Les créateurs du sentier ne communiquent aucunement sur une démarche éthique – contrairement aux autres marques de ce panel. SMCP revendique allier « les codes du luxe et du fast fashion », le luxe concernant le style et la fast fashion, les méthodes de production. Comptant 5 127 salariés selon le rapport financier annuel de 2017, SMCP est censé être impacté par la loi sur le devoir de vigilance.

À la traîne – Cependant le département RSE, constitué à l’été 2018 par une seule personne, Justine Benit, assure que le cap des 5 000 salariés ne sera atteint qu’en 2019, qu’il n’y aura pas de plan de vigilance publié cette année et qu’on n’en est seulement aux premiers audits sociaux et environnementaux. Le groupe aura pourtant fort à faire pour vérifier toute sa chaîne de production, avec 50% de sa fabrication en Europe et dans les pays du pourtour méditerranéen, et 50% en Asie, principalement en Chine, ainsi qu’au Vietnam et en Inde. Pour le moment, explique la responsable RSE, les équipes de la confection travaillent avec une base de fournisseurs « très stable, en qui ils ont confiance. Moi, pas forcément » explique-t-elle en marquant la différence entre elle et les chefs de produits, acheteurs, sourceurs d’usine. Sollicité par les Galeries Lafayette pour l’initiative éco-responsable Go for Good, SMCP a lancé une toute première mini-collection de 6 pièces afin d’être présent sur ce projet qui a réuni 500 marques à la rentrée 2018. « On attend de voir l’impact de cette capsule pour en tirer les conclusions » explique Justine Benit.

On l’interroge sur les vêtements Sandro fabriqués par des ouvrières sous-payés en Macédoine, vus dans le documentaire de Capital La face cachée des soldes. « On a très conscience qu’on a des risques d’avoir de la sous-traitance de sous-traitant. Désormais, nous avons mis en place un questionnaire à destination de nos fournisseurs pour qu’ils communiquent la liste de leur sous-traitants, ils doivent nous en informer. » Mais rien n’est vérifié, « c’est du déclaratif ». La loi sur le devoir de vigilance obligera vite SMCP a rattraper son retard. « Il y aura une feuille de route constituée cette année, assure Justine Benit, en 2019 les choses commenceront à se mettre en place ».

Vous cherchez des alternatives à ces marques ? Parcourez le carnet d’adresses de SLOWEARE : toutes les marques qui y figurent ont été auditées sur l’entièreté de leur démarche et de leur chaîne de valeurs afin de vérifier point par point l’ensemble des engagements de notre manifeste, soit un audit composé de plus de 170 questions…

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  • Aakayes
    Répondre

    La réalité c’est que les marques font signer des chartes à leurs fournisseurs en Inde, en Asie et ailleurs depuis +20 ans. Les intermédiaires/fournisseurs les signent et se disent « on verra bien ». Les usines sous-traitent (tout le monde le sait; personne ne veut le voir). Les visites de contrôle se font dans les usines où la production est ‘ok’ tandis que 80% de la production se fait ailleurs… pour être sûrs de minimiser les risques il faut des équipes sur place, des usines en Europe et des productions en série courte qui prennent en compte la capacité de production de l’usine. Trop fréquemment on envoie 100 000 pièces à produire en 1 mois pour consolider un container à une usine qui a une capacité de 20K au mois !

    • Thomas Ebélé
      Répondre

      Bonjour Aakayes,

      Oui nous savons que ces pratiques perdurent, même si les marques de fast fashion « commencent » à se responsabiliser, notamment grâce à l’appareil législatif (voir l’article sur le devoir de vigilance). C’est pourquoi nous collaborons avec des ONG comme Fashion Revolution (qui cherche à sensibiliser les consommateurs et les encourager à agir) et le Collectif Ethique sur l’étiquette (qui cherche à promouvoir l’émergence de nouveaux comportements économiques pour un meilleur respect des droits économiques et sociaux fondamentaux au travail dans les pays du Sud).
      N’hésitez à suivre ces pages sur leurs réseaux sociaux et à partager leurs publications. Belle journée !

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