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Le retour à la couture : de la contrainte à un outil d’émancipation féminin

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Le retour à la couture : de la contrainte à un outil d’émancipation féminin

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Le retour à la couture

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Temps de lecture estimé à 7 minutes

Depuis quelques années, la couture a fait doucement son retour dans la liste de nos loisirs. Cela s’est confirmé lors du premier confinement en mars 2020 puisque les activités manuelles sont ressorties grandes gagnantes : que ce soit la cuisine, la pâtisserie, le dessin ou la couture, les Français·e·s semblaient avoir besoin d’un retour aux sources. Outil vieux de plusieurs siècles, les machines à coudre de nos grands-mères sont réapparues et ont été dépoussiérées.

D’après le comparateur en ligne Le Dénicheur, la machine à coudre était le produit le plus recherché en avril 2020 avec une augmentation de 1 286% des requêtes par rapport à la même période en 2019.

D’abord un métier et une besogne féminine, il séduit aujourd’hui les hommes comme les femmes, les petits comme les grands. Cet art et savoir-faire permet même de relier couture et revendications féministes ou encore écologistes. Mais s’agira-t-il d’un phénomène durable ou ponctuel ?

La couture, d’abord un savoir-faire féminin

La couture, c’était avant tout, une histoire de femmes. D’abord essentielle pour s’habiller, la couture s’est transformée au fil des siècles pour devenir un loisir plutôt qu’une nécessité. L’art de la couture se transmettait de mères en filles, différenciant ainsi les jeunes filles « bonnes à marier » et donc capables de réaliser les tâches essentielles des femmes au foyer, des jeunes filles considérées comme « marginales » qui souhaitaient tout simplement se réaliser au-delà des tâches ménagères qu’on leur astreignait.

Dans tous les cas, l’entretien de la maison et du foyer était réservé exclusivement aux femmes. C’est aussi pourquoi la couturière était alors largement représentée aux XVIIIème et XIXème siècles, et notamment dans les tableaux de Jules Breton ou encore ceux de Thomas Couture.

La petite couturière, Jules Breton, 1858, Huile sur toile

Jeune femme cousant Thomas Couture, 1870, Huile sur toile

À cette époque, les femmes étaient cantonnées à être mère au foyer jusqu’à l’arrivée des deux guerres qui viendront bouleverser le rôle de la femme dans la société. La Première ainsi que la Seconde Guerre mondiale ont vu émerger les femmes dans des métiers qui, jusqu’à alors, n’étaient occupés que par des hommes : elles sont ainsi devenues infirmières, ouvrières dans les usines, secrétaires administratives…

Malgré leurs efforts réalisés durant ces deux conflits mondiaux, au retour des hommes du front, elles ont peiné à garder ce rôle de femme active qu’elles avaient tenu.

Les femmes n’accèdent alors que très peu aux postes décisionnels, perçues comme trop émotives et trop vulnérables par les hommes. Cette croyance s’enracine même dans le discours de la fondatrice du magazine Elle, Hélène Lazareff :

« Je crois aussi que les métiers où les femmes rivalisent avec les hommes leur font perdre de leur féminité ».

À partir des années 60-70, l’émancipation des femmes et l’avènement du prêt-à-porter les ont confortées dans l’idée du rejet de toutes les formes de tâches que leurs mères effectuaient, et ainsi, même le savoir-faire et l’art de la couture. Le prêt-à-porter, bien qu’à l’époque plus coûteux que la confection maison, amène un sentiment d’indépendance et de renouveau, contrairement à la couture et aux vêtements faits main qui, quant à eux, sont destinés à durer dans le temps.

Le retour en force de la couture

La couture s’est de nouveau introduite dans nos foyers depuis quelques années et a connu un boom étonnant lors du premier confinement. La confection de masques a été le point d’entrée de ce phénomène : la France, en manque de masques chirurgicaux, a vu se multiplier les couturiers et couturières amateurs afin de répondre à cette urgence.

On aurait pu penser que ce phénomène cesserait suite au déconfinement et aux livraisons de masques, mais cela ne s’est pas produit, au contraire ! Ces apprentis couturiers et couturières ont redécouvert le plaisir du « Do It Yourself » et la satisfaction de réaliser, à partir de rien, une pièce qui nous va comme un gant.

Que ce soit en loisir ou en reconversion, les machines à coudre se sont écoulées à vitesse grand V et les cours de couture en ligne se sont remplis.
Aujourd’hui, il existe de nombreuses vidéos de couture sur YouTube qui permettent aux couturi·er·ère·s en herbe comme aux plus aguerri·e·s de retrouver le chemin de la mode personnalisée et sur-mesure. La couture, c’est aussi un bien-être et un retour aux choses simples, une activité qui permet de se concentrer et de s’évader.

Ce retour en force a amené les marques à s’interroger quant à l’avenir de la mode et du prêt-à-porter. Aussi, la prise de conscience du temps de fabrication et le travail que cela demande pour confectionner un vêtement a permis à beaucoup de consommateurs d’appréhender la valeur réelle de celui-ci.

« Les consommateurs qui ont appris à coudre durant le confinement auront désormais à cœur de savoir comment, où et par qui sont fabriqués les produits qu’ils achètent. Parce que la production à outrance est perçue comme négative, que le monde du textile a été dévitalisé, les notions de traçabilité, d’envers du décor, de contact avec l’artisan, seront au cœur de la mission des marques. Il faudra, en somme, réenchanter le monde du textile par la connaissance et le savoir. » dit Vincent Grégoire du cabinet NellyRodi.

Le retour de la couture pourrait renforcer et pérenniser le mouvement de la Fashion Revolution, commencé en 2014 et qui ne fait que s’accentuer.

L’art d’allier couture et zéro déchet

La couture peut aussi servir des revendications écologistes. Le zéro déchet s’invite et s’installe au cœur de cette activité. Que ce soit pour la réalisation même d’accessoires zéro déchet : cotons lavables, sacs réutilisables et autres ; ou par l’utilisation de tissus et chutes récupérés, le zéro déchet se marie très bien avec la couture.

De nombreuses marques proposent chaque année un travail de patchwork sur leurs vêtements et accessoires comme le fait Second Sew. Cette technique peut aussi s’effectuer à la maison. Sur le réseau social TikTok, de nombreux jeunes s’essayent à cette technique et portent fièrement leurs créations, tout aussi distinctes les unes que les autres.

La couture et la broderie, nouveau moyen d’émancipation ?

Bien que la broderie ait été associée à un art décoratif dépassé, il sert aujourd’hui de nouvelles revendications, le rendant ainsi tendance et utile. La broderie et couture féministe sont apparues depuis quelques années, mais c’est sur Instagram qu’elles ont connues leur plus grand boom. À travers des dessins d’organes féminins, de citations marquantes ou encore de représentations artistiques diverses, les femmes apportent un autre moyen de questionner le rôle et la place de la femme dans la société.

Pour l’artiste Jess de Wahls, il s’agit avant tout de permettre aux femmes d’accepter leur corps, leurs différences et de ne pas avoir peur d’en parler. « Elles s’étonnent de la diversité des sexes féminins, comparent leur rapport à la nudité selon leur culture d’origine et s’enthousiasment de la prochaine ouverture à Londres d’un “musée du vagin”, premier musée du genre consacré à l’anatomie féminine. »

La reprise de la couture et autres activités manuelles pourrait perdurer tant la crise sanitaire a bouleversé les Français.e.s et leurs habitudes de consommation. Le succès de la démarche zéro déchet ces dernières années s’allie à la couture pour apporter des réponses à un besoin nouveau de société : le retour aux sources et aux choses simples.

Alors, pourquoi ne pas s’y essayer ?

Pour aller plus loin ;

Interview d’Hélène Lazareff, 1966, INA

Sources

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