Le vrai prix des soldes

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Alors que les soldes se terminent dans quelques semaines, retour sur la face cachée des prix au rabais. Fausses réductions, baisse de la qualité et exploitation des ouvriers, les grandes enseignes sont prêtes à tout pour vous faire craquer.

T-shirt à 2 euros tout rond, robe de soirée à 25 euros, jean à 10 euros ou encore collier en toc à 1 euro pièce… Pendant les soldes, il arrive parfois qu’un vêtement coûte moins cher qu’un kilo d’oranges et le pire, c’est que cela ne nous surprend même plus. Nés au milieu du XIXe dans le premier Grand Magasin parisien le Petit Saint-Thomas, devenu le célèbre et désormais luxueux Bon Marché du 7e arrondissement, les soldes avaient pour objectif de liquider les invendus de la saison précédente, afin de faire de la place dans les stocks pour la nouvelle saison. Pour éviter les soldes à tout va, dès 1906, une première loi régule la pratique afin de maintenir un équilibre économique sain et transparent pour le consommateur.

Tromperie sous l’étiquette

A l’heure du low cost et de la fast fashion, les soldes sont devenus un véritable business qui permet de faire du profit tout en écoulant les invendus. En 2013, les soldes représentaient près de 20 % du chiffre d’affaires des magasins de prêt-à-porter. Un chiffre qui a doublé entre 2000 et 2013 selon le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) qui constate dans son rapport que « 40 % des achats d’habillement sont effectués sur des produits à prix réduits. » Une hausse des invendus en cause ? Pas du tout, ce serait même l’inverse comme le montre le reportage « Soldes : tromperies sous l’étiquette » réalisé par Enquête d’actualité diffusé en octobre dernier sur C8. Il révèle que certaines grandes marques dont on ignore malheureusement le nom feraient fabriquer des collections spéciales pour les soldes, alors même que ceci est interdit par la loi.

L’équipe se rend à Porto au Portugal, où les usines textiles fleurissent. Ils y découvrent une méthode de production qui se répand chez de nombreuses marques. Elles fabriquent deux fois le même vêtement, un en bonne et l’autre en mauvaise qualité. Exemple, en novembre dernier vous flâner dans les boutiques, vous rêvez de ce jean à 110 euros, trop cher pour vous, vous patientez jusqu’aux soldes. En janvier, surprise, il est soldé à -50 % sur internet. Sans réfléchir vous commandez pensant faire une bonne affaire. Mais en réalité, ce n’est pas le même jean, mais un produit beaucoup plus low cost qui a la même apparence mais utilise des matières de bien moindres qualités et même parfois toxiques pour votre santé. Ainsi ce jean 100 % coton que vous avez essayé en magasin, ne contiendra que 40 % de coton sur internet, le reste étant fait en polyester.

Malines, ces marques n’affichent que rarement la composition de leurs produits sur internet, vous vous en apercevrez donc seulement une fois le colis livré. Même de petites usines dites « familiales » – qui ont le mérite de ne pas exploiter leur personnel – utilisent cette pratique. Les géants de l’habillement, eux, habitués à produire en masse des produits de basse qualité, ne lésinent ni sur le polyester, ni sur leur marge. Avec au final, des ouvriers qui en paient le prix.

Des vies au rabais

Pour le lancement de ces soldes 2017, Greenpeace dénonce  « une fièvre d’achats »  qui grippe l’environnement mais aussi les travailleurs. Selon un rapport de Greenpeace intitulé « Time out for fast fashion », la production de vêtements aurait été multiplié par 2 entre 2000 et 2014, mais pas le salaire de ceux qui les produisent.  « Pour un article d’habillement basique, comme un T-shirt, seuls 0,5 à 3 % du prix final va dans la poche des salariés qui l’ont fabriqué », rappelle l’ONG internationale Clean Clothes Campaign  qui milite pour l’amélioration des conditions de travail des employés du textile (voir notre infographie, le petit carré parme en bas à droite). En 2013, H&M propose de doubler le salaire de ses ouvriers en augmentant le prix final du vêtement. Une mesure qui s’avère inefficace pour l’ONG, « si, dans un scénario extrême, les salaires des ouvriers devaient doubler, la pièce serait vendue seulement quelques centimes de plus », explique-t-elle. Au lieu d’augmenter le prix pour les consommateurs, l’association suggère aux multinationales de revoir l’ensemble de leur mode de fabrication en « redéfinissant leur politique d’approvisionnement » et en « rognant sur leurs propres marges »

Le Collectif Éthique sur l’étiquette lance la campagne « Vivre de son salaire, c’est vital » afin que les ouvriers soient rémunérés avec un salaire minimum décent. Ils révèlent qu’au Bangladesh où l’industrie du textile emploie 4 millions de travailleurs, le salaire minimum mensuel est de 28 euros par mois.

Les marges, voilà le problème. Car même si la loi autorise les magasins à vendre à perte pendant les soldes, aucune grande enseigne ne vend à prix coûtant, et encore moins à perte. Les marges sont tellement élevées, que même lorsqu’un vêtement est soldé à -70 %, la marque y gagne toujours, comme le montre l’image ci-dessus. Alors pour les soldes d’été, au lieu de se ruer les poings serrés dans les grands magasins telle une guerrière en quête de la promo la plus fracassante, on ira se balader tranquillement dans les rues de la slow fashion, plus chère certes, mais au final plus rentable pour tout le monde.


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