Comment c’est fait, un t-shirt à 19,95€ ?

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On sait bien qu’un t-shirt vendu pour quelques euros, « c’est mal ». Qu’a priori, s’il nous coûte si peu, c’est qu’il a été fabriqué dans des conditions de travail pas terribles, au sein d’une industrie polluante.  Mais on connaît mal les détails de cette chaîne et à quel point elle s’impose comme mode de production presque incontournable.

Si on peut acheter pour quelques euros un t-shirt en coton, c’est « grâce à » un système de production développé dans les années 1980 et 1990.  Société de consommation, délocalisation puis levée des quotas de fabrication en Asie du Sud Est sont les piliers qui lui permettent de régner sur la planète mode. Voici son parcours.

La matière première riche en pesticides

Lisant l’étiquette 100% coton sur un t-shirt, on a tendance à se réjouir de ce matériau de qualité. De fait, nous allons être drôlement rabat-joie, mais cette matière première est hautement polluante.

La culture du coton occupe 2,5% des surfaces cultivées dans le monde mais engloutit 25% des insecticides et 10% des herbicides selon l’Organisation Mondiale de la Santé. Ses besoins en eau sont énormes : en moyenne, il faut 10,000 litres d’eau pour produire 1 kilo de coton, soit 2,500 litres pour un t-shirt classique (250 grammes de coton). Pour exemple, la mer d’Aral en Asie Centrale a perdu  entre 20 000 milliards et 60 000 milliards de litres d’eau par an pendant les années 1960 en raison de la culture du coton (et du blé) ,et a aujourd’hui quasiment disparu.

L’Usine à cauchemar

1.Les conditions de travail

On a une idée sordide mais pas forcément très claire des conditions de vie des travailleurs du textile en Asie du Sud Est. « Même dans les usines modernes, la cadence est très dure » raconte Alice qui a été responsable de prospection d’usines de textile pendant plus de 20 ans. « En Chine, les ouvriers passent 11 mois de l’année sur place et repartent voir leur famille uniquement pour le nouvel an. ». Les travailleurs vivent et dorment à l’usine, dans d’étroits dortoirs. Ils sont présents en cas de besoin pour travailler de nuit. Le pire qu’Alice a eu à observer, ce sont les personnes s’occupant des traitements du coton à l’acide chlorhydrique, passant leurs journées dans les bains d’acides, très peu sécurisés. Au Bengladesh et au Cambodge, où les salaires sont parmi les plus bas du monde, les conditions de travail sont de l’esclavage moderne (12 heures pas jour, 6 à 6,5 jours sur 7 pour un salaire ne permettant pas de se nourrir correctement. Voir ce témoignage d’une ouvrière au Cambodge publié dans Libération).

La fast fashion, pour des questions de rapidité, délocalise une partie de sa production dans des régions plus proches, en Tunisie, Turquie, Maroc… où les conditions de travail ne sont pas beaucoup plus reluisantes. La main d’œuvre y est aussi très bon marché, et le droit du travail peu respecté (travail de mineurs, location de logement vétustes via l’usine employeur, pas toujours de couverture santé…). En octobre 2016, une enquête de la BBC révélait que de très jeunes réfugiés syriens travaillaient en Turquie dans les usines de Zara, Mango et consœurs, pour des salaires de misère, plus de 12 heures par jour, corvéables à merci.

2.Les étapes de traitements polluantes

Pour fabriquer un t-shirt en coton, il faut épurer le coton pour le débarrasser des débris, le démêler et l’affiner pour former des fils. Une fois tricoté, on l’ennoblie par traitements chimiques. On le blanchie, au savon, à l’acide chlorhydrique, au trichloréthylène. Le blanchiment total se fait à l’eau oxygénée, au peroxyde d’hydrogène ou au chlorure décolorant. Les eaux aux alentours des ateliers et des usines sont ainsi hautement polluées, on ne peut évidemment plus les boire, ni s’y baigner ni s’en servir pour la culture.

Transport en cargos XXL

Comme tout ce qui vient de loin, le transport du t-shirt pollue. S’il est transporté par cargo, son degré de pollution individuel est modéré par la contenance du cargo. Pour autant chacun de ces énormes bateaux qui sillonnent les océans chaque jour pollue autant que 50 millions de voitures (enquête du Guardian). Quand la production est plus proche, le t-shirt voyage alors par camion.

Le recyclage, parfois

Les chutes d’un t-shirt en coton peuvent être broyées et ramenées à l’état de fibres. Pour être réutilisées dans un autre t-shirt, elle devront être alliées généralement à un matériau plus solide de type PVC qui vient renforcer la fibre. La consommation en eau sera bien moindre que pour la fabrication initiale du t-shirt (50 litres vs 2 500). Un circuit intéressant mais qui ne concerne qu’une part extrêmement faible de nos t-shirts en coton. Un tiers seulement de nos vêtements usagés rejoignent une filière de revalorisation et 22% de ce tiers est effiloché en vue de la fabrication de nouvelles fibres de coton (source EcoTLC).

Alice, notre sourceuse d’usines qui a déjà fait produire des vêtements pour bébé en coton bio, confirme que ce parcours dominant s’impose parce que c’est celui qui promet le plus de profit aux industriels. « Produire bio, c’est énormément de contraintes et surtout c’est beaucoup plus cher. C’est un investissement sans garantie de rentabilité. ». D’où l’importance de rendre visible ce que cautionne un consommateur en achetant un joli t-shirt si bon marché ;  et de soutenir les marques qui s’engagent pour de bonnes pratiques, mettant un peu de côté le profit pour l’intérêt des humains et de notre petite planète.

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