A la rencontre de Sandie Guitart (Paloma Ya Ya)

A la rencontre de Sandie Guitart (Paloma Ya Ya)

Sandie Guitart

Temps de lecture estimé à 5 minutes

La première impression que j’ai eu lors de mes premiers échanges avec Sandie Guitart, créatrice de Paloma Ya Ya, c’est cette énergie folle presque magnétique qui te donne envie de repousser tes limites. Après plusieurs années de coordination de collections et d’achats de tissus pour les maisons Lanvin, Roseanna, Pablo, la jeune femme est partie à la découverte des trésors birmans. Rencontre avec une femme inspirante qui prône un style composé de basiques de qualité.

Quand as-tu créé Paloma Ya Ya ?


J’ai lancé mon projet en 2014, quelques semaines après m’être installée à Rangoun. Tout s’est fait très naturellement. J’ai rapidement remarqué la beauté et la diversité des textiles traditionnels. Le tissage manuel est une composante importante de la culture Birmane. Mais son existence est aujourd’hui menacée par la transition économique du pays, qui induit exode rural et délaissement des savoirs faire manuels. J’ai eu envie de faire quelque chose, Paloma Ya Ya a ainsi vu le jour. C’est une marque de vêtements pour femme qui est désormais organisée en trois lignes. La ligne artisanale est vraiment le cœur du sujet. Ce sont des vêtements réalisés grâce à des techniques de tissage locales rares. Les artisans qui interviennent sont spécialisés et la fabrication prend du temps. Il faut compter plusieurs semaines pour certaines coupes de tissus ! La ligne basique est plus simple et plus commerciale. Les textiles utilisés sont néanmoins tissés à la main en Birmanie et la plupart des teintures sont naturelles. Je propose aussi des « objets trouvés » qui sont généralement des accessoires eux aussi produits de l’artisanat Birman. Aujourd’hui je vends localement et à travers ma boutique en ligne qui me permet de livrer en France et dans toute l’Europe.

Quels engagements souhaites-tu valoriser ?

Il s’agit avant tout de préserver les savoir-faire textiles : cela concerne le tissage mais également certains travaux d’aiguille. Et il faut pour cela respecter l’artisan et son geste. Mon engagement personnel porte aussi sur l’utilisation exclusive de fibres naturelles et tant que possible de teintures naturelles. Pour la confection, je travaille avec des couturières indépendantes. Elles ont leurs propres ateliers et je connais la valeur de leur travail : je ne négocie pas les prix, je sais ce que j’achète. Je fais très attention aux personnes avec qui je travaille. Je dirais que nous avons des relations réciproques et bienveillantes. Nous avons de part et d’autre réellement envie de bien faire les choses non seulement pour aboutir à un beau produit mais surtout par respect du travail de l’autre. Ce sont des relations de confiance qui prennent du temps à mettre en place mais qui en valent la peine. Je n’ai commencé à vendre mes produits qu’un an et demi après m’être lancée !

Quelles sont les difficultés auxquelles tu as dû faire face ? Comment as-tu réussi à les résoudre ?

Il m’a fallu beaucoup de temps pour instaurer cette relation de confiance avec mes fournisseurs et plus généralement avec tou.te.s les birman.e.s avec qui je travaille.
Sandie Guitart
J’ai aussi été confronté à des problèmes plus techniques. Les artisans tisserands utilisent des fibres et des teintures naturelles et les produits sont donc sujets à des variations. Malheureusement, ceci n’est pas acceptable pour un acheteur de grands magasins par exemple pour qui la livraison doit correspondre exactement à l’échantillon de référence de la commande. Et je les comprends ! Quel casse-tête de se fixer des seuils de tolérance à la variable « artisanale ». Donc je commande les tissus moi-même. Je suis tolérante et souple quant aux variations de couleurs, d’épaisseurs tant que le produit est de bonne qualité. Cela m’évite d’avoir à reporter sur les artisans des exigences déraisonnables. Et parce que l’artisan n’est pas une machine et ne produit pas des clones. Cela me permet aussi d’être plus souple avec eux en terme de délais.

Ce qui signifie que je ne vends que des produits déjà prêts. J’avance donc tous les frais d’achats de textiles et de confection. Il en résulte une longue période d’investissements que j‘amortis sur la durée. Ce sont des sacrifices, beaucoup de travail et de discipline. Mais quel bonheur de n’avoir à répondre qu’à ses propres exigences!

Quel a été ton cheminement personnel vers la mode éco-responsable ?

Cela s’est fait naturellement. Mon projet n’avait pas pour objectif premier de remplir des critères éco-responsables. J’ai appliqué à ma propre marque ce que j’attendais de celles pour lesquelles j’ai travaillé auparavant. C’est alors que le chemin que j’ai pris m’est apparu évident ! Mais il serait difficile d’en faire un exemple. Ma marque est une niche et je n’ai certainement pas les mêmes critères d’évidence qu’un banquier !

Quelle mode/style as-tu envie de défendre ?

Les basiques de qualité ! C’est une réponse peut-être un peu facile, mais c’est loin d’être évident.
Sandie Guitart

Sandie Guitart

Pour quel type de femme ?

Pour celles qui aiment les textiles bruts et particuliers. Je n’innove pas dans les coupes de vêtements. Mes produits ont des formes parfois un peu surprenantes et minimales, mais c’est souvent par soucis de ne pas gaspiller à la coupe. Je ne tiens pas à présenter des tissus qui soient reproductibles industriellement. Il s’agit de tissus dont l’épaisseur des fils combinés varie beaucoup ou bien des tissages selon la technique de la trame supplémentaire. Cette dernière permet d’obtenir de surprenants types de doubles faces. Le côté brut est amplifié par le fait que beaucoup des tissus sont en fait non teints et donc écrus et ne sont pas apprêtés (lavés, délavés, brossés, chlorés, usés…).

Quelle est ton inspiration mode du moment ?

En terme de style de vêtement, j’ai des gouts de vraie « fille de la mode ». J’aime Jacquemus, Christophe Lemaire, Céline. J’aime Agnès B pour la simplicité de ses produits et la transversalité de son projet. En terme de vision (et aussi de style, puisqu’on peut finalement appeler ça un style), j’adore le mouvement « anti-fashion » qui prend de plus en plus d’ampleur, promu entre autre par Li Edelcort. Je bois ses paroles ! J’ai toujours été fascinée par les styles vestimentaires en tant que phénomènes culturels, de société. Et je reconnais dans ce qu’elle dit une vague qui arrive, je me sens en faire partie et j’en suis très excitée ! Anti-fashion, c’est le main stream de demain !
Sandie Guitart

Quelle est ton objet fétiche ?

Je vis dans un pays exotique où il fait très chaud et surtout très humide ! J’ai même remplacé ma crème hydratante par un pulvérisateur d’eau minérale! Je fais beaucoup de yoga et mange des kilos de fruits. J’aime mes pantoufles vénitiennes en velours.

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