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La sensation de reprendre la main sur sa consommation est géniale

Aline Gibson et Lucie Flochay

La sensation de reprendre la main sur sa consommation est géniale

Aline Gibson et Lucie Flochay

La sensation de reprendre la main sur sa consommation est géniale

Aline Gibson et Lucie Flochay




Temps de lecture estimé à 9 minutes

MUSE & MARLOWE est une nouvelle marque bretonne pleine de fraîcheur et empreinte de féminité. C’est d’ailleurs au cœur de la Bretagne, à mi-chemin entre Brest et Rennes, que nous avons rencontré Lucie, l’une des co-fondatrices de la marque. Dès le début nous avons eu un coup de cœur pour MUSE & MARLOWE, un projet mené avec passion par Aline et Lucie, 2 jeunes femmes qui ont trouvé la force de se lancer dans un rêve un peu fou : celui de remettre du sens dans l’industrie de la mode. Elles nous confient dans cette interview les prémisses de la création, leur vision mais aussi quelques bons conseils.

Le projet MUSE & MARLOWE est encore tout récent. Vous venez de terminer avec succès votre première campagne de financement participatif. Comment est né le projet ?

Nous avons commencé à jeter nos idées sur le papier à l’été 2017, alors que nous étions encore en poste dans la même boîte. La société a été créée en juillet 2018, et le lancement commercial aura lieu au printemps 2019 ! Même si nous avons déjà organisé une vague de précommandes sous forme de campagne de crowdfunding en décembre 2018.

Plusieurs motivations ont convergé dans le bon sens on va dire. Nous avons toutes les deux des modes de vie qu’on peut qualifier de « responsables ». On ne s’en rendait pas vraiment compte avant de se poser la question d’ailleurs, et nous sommes d’accord pour dire que ce mode de vie est une vraie satisfaction et source de plaisir. On ne s’impose rien, ça fait juste partie de notre quotidien. En revanche, on a toutes les deux fait le même constat en matière de mode : même si de plus en plus d’acteurs de l’industrie textile s’engagent, et on s’enthousiasme de chaque initiative, le secteur est quand même encore à la traîne ! Et tous les « styles » ne sont pas représentés. En 2017, on avait pour le coup beaucoup de mal à rapprocher la notion de plaisir de celle de l’éco-conception, vivre de manière responsable ne doit surtout pas être une contrainte, mais bien un plaisir !

Pour l’une comme pour l’autre, l’arrivée de nos enfants en 2016 a été le déclencheur : ça nous a donné la force de nous lancer à être acteur à une échelle un peu plus grande que nos vies privées. Accompagner des petits êtres depuis le tout début de leur vie nous a fait sentir qu’il n’était pas trop tard pour nous aussi d’être au début d’une autre vie. L’envie de les rendre fiers aussi je pense, de leur montrer que rien n’est impossible quand la démarche est sincère.

MUSE & MARLOWE est une marque qui porte des valeurs. Quels engagements souhaitez-vous valoriser ?

Nous avons à cœur de sensibiliser des personnes qui continuent d’aller dans des enseignes de fast-fashion, non pas en les culpabilisant, mais en leur donnant les moyens de se projeter et de se faire plaisir avec un vêtement qui leur ressemble et avec la satisfaction de se procurer un produit fait de manière saine.

Il n’y a pas de solution zéro impact aujourd’hui, mais on peut tous challenger nos modes de consommation et avoir un impact positif conséquent. En matière de mode, on croit beaucoup à ce fonctionnement :

  • Capitaliser sur les pièces que l’on possède déjà, les aimer ! Et réduire sa fréquence de shopping pour ne plus être tentés,
  • S’ouvrir au 2nde main,
  • Se procurer de jolies pièces éco-conçues.

C’est aussi une manière d’équilibrer son budget, pour ceux qui trouvent les vêtements éco-conçus trop chers. La notion du « juste prix » est sûrement ce qui va mettre le plus de temps à évoluer tant la perception a été faussée ces dernières décennies, mais il faut laisser le temps à chacun et ne bousculer personne. On aime bien faire le parallèle avec le végétarisme : on peut faire une journée par semaine sans viande sans pour autant tout arrêter du jour au lendemain !

La réduction de notre impact est au cœur de notre démarche et à chaque étape de la production. Pour nos vêtements, nous avons choisi de travailler uniquement avec des matières naturelles certifiées GOTS, le label Ecocert qui garantit un strict contrôle environnemental et social tout au long de la chaîne de production du tissu. Nous travaillons avec des fournisseurs européens et en grande partie avec une filière française.

Pour ce qui est de la confection, nous travaillons toute la partie développement (prototypage, patronage, gradation) avec un atelier choletais et une modéliste bretonne indépendante, puis la production a lieu au Portugal. Il est important pour nous de travailler avec un maximum de partenaires locaux, c’est d’ailleurs le cas pour les impressions des t-shirts, également certifiées GOTS, et réalisées par une entreprise bretonne. Nous avons prévu un rythme de lancements en douceur : 4 par année, deux sous forme de collection d’environ 10/12 modèles, deux sous forme de capsule d’environ 3 modèles.

En tant que jeunes entrepreneures, quelles sont les difficultés auxquelles vous avez dû faire face ? Comment avez-vous réussi à les résoudre ?

Elles sont assez nombreuses ! Je citerais principalement : réussir à trouver les meilleurs compromis désir / réalité. Aujourd’hui, quand on active un levier éco-responsable, il n’est pas rare qu’il y en ait un qui lâche par ailleurs. Nous avons donc à cœur de toujours être en veille pour améliorer tout ce qui peut être amélioré.

Autre difficulté : trouver nos partenaires. Notamment le bon atelier de production, avec qui on peut établir une relation de confiance et qui accepte de produire de petites quantités. Aussi, coordonner et jongler avec les contraintes planning et les produits épuisés de nos fournisseurs.

Adopter une consommation responsable est souvent un long processus. Quel a été votre cheminement personnel vers la mode éco-responsable ?

Pour Aline, plusieurs étapes avant le grand déclic.

« Suite à un grave accident de voiture en 2011, j’ai décidé de revendre toutes mes affaires pour partir à l’autre bout du monde. J’ai alors ressenti un énorme sentiment de légèreté, une liberté, un soulagement. Je suis revenue d’Australie avec un super mari, et une relation complètement différente aux vêtements mais aussi au fait de posséder de manière générale. Après avoir vécu une année entière avec en tout et pour tout le contenu d’un sac à dos, mon sentiment de liberté s’est vraiment confirmé. C’est seulement à mon retour que je commence à chercher la provenance des vêtements, la réalité qui se cache derrière. Comme beaucoup, des documentaires comme « The true cost » ont stoppé net les quelques achats ponctuels que je pouvais encore faire dans certains magasins, couplé à un sentiment d’étouffement.

Aujourd’hui, on achète très peu, uniquement de l’éco-conçu ou du 2nde main pour toute la famille, des pièces que l’on chérit, parce que nous avons pris le temps de les choisir. On aime l’idée avec mon mari de ne conserver que ce dont on se sert, et que chaque objet ait une histoire ou porte des valeurs. La sensation de reprendre la main sur sa consommation est géniale, et quand on commence à challenger ses habitudes, on se rend compte à quel point c’est simple et à quel point on ne le fait pas assez.

Avec du recul, je pense que je n’étais pas forcément hyper à l’aise avec qui j’étais pendant des années, et à travers les vêtements que j’achetais trop souvent, je cherchais toujours à « me renouveler » en espérant être quelqu’un de mieux. Ça ne fonctionne pas comme ça, on se retrouve enfermé dans une spirale sans fin. Quand j’étais petite, j’attendais parfois longtemps avant d’avoir un nouveau vêtement, je me souviens même d’un bas de jogging que je ne voulais pas quitter… c’est cette innocence que je veux retrouver aujourd’hui avec un vêtement : l’aimer et créer avec lui des souvenirs. »

Pour Lucie, c’est plutôt une sorte de redécouverte ou de retour en arrière.

« Dans ma jeunesse, j’ai grandi à la campagne à une époque où le e-shopping n’existait pas. Très clairement, je n’avais pas accès à beaucoup de marques. Mais pour autant, je ne me sentais pas du tout démunie. Au contraire, je me souviens de n’acheter des vêtements qu’assez rarement, et lorsqu’on allait avec ma maman et ma sœur faire du shopping, c’était en quelque sorte un événement. Mais ces vêtements, je les choisissais avec soin, ils étaient vraiment choyés et très souvent portés jusqu’à usure.

Puis petit à petit, en entrant dans la vie active, j’ai très clairement pris de mauvaises habitudes en terme de consommation de mode : des achats plus compulsifs dans des enseignes fast-fashion, une accumulation de pièces peu portées, voire parfois pas du tout. Tout ça sous le regard de mon compagnon très souvent désabusé !

A l’arrivée de notre fils, je me suis clairement remise en question sur pas mal de choix de consommation. Je me suis posée un milliard de questions sur les vêtements et autres produits que je lui achetais : est-ce qu’ils étaient bons pour lui ? est-ce qu’on en avait vraiment besoin ? … Au final, ça a déteint sur pleins d’autres aspects de notre vie quotidienne.

Aujourd’hui, lorsque j’achète un vêtement, je regarde d’abord si je trouve une alternative en seconde main ; et si je n’en trouve pas, je me retourne donc vers du neuf mais prête une grande attention à la provenance et à la composition du vêtement. »

MUSE & MARLOWE est une marque féminine et romantique. Quelle mode/style avez-vous envie de défendre ?

Une mode féminine et intemporelle. Un vêtement que les femmes auront plaisir à porter, un vêtement qui donne envie d’être aimé et respecté. Dans nos collections, on trouve des jolis basiques, inspiré du vêtement de travail mais aux coupes très féminines, et des pièces plus romantiques, vaporeuses, avec des matières plus légères, des volants… le tout très inspiré des 70s. L’idée est de mixer les deux, mais on se rend compte qu’on arrive à toucher beaucoup de styles de personnes différents car certaines vont adorer une partie de la collection plutôt que l’autre, parce que ça leur ressemble plus. Au final, on essaye d’imaginer des modèles qui pourront s’intégrer à un maximum de garde-robes, à chacune de s’approprier son vêtement MUSE & MARLOWE et de le mixer avec ses tenues habituelles. On a d’ailleurs hâte de voir comment nos pièces seront portées !

Un autre point important pour nous : développer pour chaque collection un motif « signature » avec des artistes indépendants. Et aussi des teintes exclusives. Pour la première collection, il s’agit de l’illustration Flower Field que nous retrouvons en impression sur un crêpe, du Burnt Orange de la gabardine de notre Utility pants et le lange Canyon de la robe du même nom.

Qu’aimeriez-vous faire passer comme message aux femmes qui vont découvrir votre première collection ?

On aimerait que nos vêtements puissent inspirer des femmes qui n’ont pas forcément de démarche responsable dans leur consommation de mode aujourd’hui. En fait, on se rend compte que la mode éco-responsable souffre encore en terme d’image et de perception, et on voudrait que les femmes puissent craquer sur le design d’un vêtement MUSE & MARLOWE et se faire plaisir, comme aujourd’hui elles le feraient dans une enseigne fast-fashion. Donc le même plaisir en terme de design, mais un plaisir durable et une relation saine avec le vêtement plutôt qu’une satisfaction de courte durée. Le modèle fast-fashion a installé ces dernières décennies une relation presque boulimique à la mode.

On essaye de pratiquer le moins d’étapes et de marge possibles afin d’offrir le prix le plus accessible, mais on voit bien que le prix reste un frein pour beaucoup.

Quelle est votre inspiration mode du moment dans votre vie quotidienne ?

On en a tellement… On s’inspire de plein de choses différentes.

Spontanément et un peu en vrac : Lena Dunham & Janicza Bravo, et la (trop courte) série Camping / Julie O’Rourke, fondatrice de Rudy Jude / Erica Chidi Cohen, une doula de L.A. furieusement stylée / Alex Noiret pour la douceur de son univers / Joan Baez pour la hippy touch / Clara Luciani pour son côté laid back super classe / les créations de Jen B Peters / Sarah Shabacon, fondatrice de Boheme Goods pour son univers poudré…

Et ce n’est qu’un échantillon ! En somme, un mélange de chic à la française avec une bonne dose d’inspiration bohème australienne et côte ouest des Etats-Unis…

Avez-vous un rituel beauté et/ou vêtement fétiche ?

On ne se maquille pas, ou très peu. Dans nos trousses : shampooing sec et huile que nous utilisons pour le corps et le visage, c’est tout !

Pour Aline, le vêtement fétiche est le pantalon taille haute : il donne un chic dingue tout en restant assez cool. Un vrai bon basique à avoir dans sa garde-robe, c’est pour cela que notre Utility pants a été créé d’ailleurs !

Pour Lucie : très dur de n’en choisir qu’un, mais bon puisqu’il le faut, je dirais un bon t-shirt basic, doux et confortable mais il doit absolument être bien coupé et avec des détails soignés comme un joli print.

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