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Fashion Revolution – L’édito d’Éloïse : « Devenir acteur de sa société »

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Devenir acteur de sa société

L’édito d’Éloïse : « Devenir acteur de sa société »

Devenir acteur de sa société

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Temps de lecture estimé à 5 minutes

L’accident criminel du Rana Plaza il y a 5 ans aura permis une prise de conscience. Eloïse, la fondatrice de SloWeAre, qui observe la « mode éco-responsable » depuis deux décennies, prend la parole aujourd’hui sur les changements qui se sont opérés ces dernières années.

Cela fait déjà 20 ans que je connais la mode éco-responsable (cela ne me rajeunit pas, mais je n’ai qu’une petite trentaine !). À l’époque, le positionnement des marques était globalement assez ethnique… La priorité était mise sur la juste rémunération des producteurs et le sourcing de belles matières nobles. Mais l’offre n’était pas toujours très sexy. Comme si on n’avait pas vraiment pris en compte le fait qu’on achète un vêtement d’abord pour l’image qu’il projette.

« LA MODE, COMPLÈTEMENT FUTILE »

Mon déclic vestimentaire personnel s’est fait progressivement et bien en amont de l’effondrement du Rana Plaza. J’ai travaillé en alternance dans une grande enseigne de prêt à porter pendant 2 ans. C’était une période particulière pour moi : ma première expérience dans le monde du travail, un premier salaire. J’aurais pu m’en satisfaire, mais au fond je n’étais pas à l’aise avec le système que je commençais à appréhender : l’uniformisation des styles, la course au chiffre d’affaire que je constatais tous les matins en boutique en réceptionnant des quantités hallucinantes de marchandises.

J’en ai conclu que les métiers de la mode étaient complètement futiles et je m’en suis détournée pendant quelques années, partant à la recherche de plus d’authenticité.
C’est quelques années après, en 2010 que j’ai visionné un reportage sur la fabrication des vestes en cuir au Bangladesh, j’avais été épouvantée. Quelques mois plus tard a commencé une forte promotion du « Made in France » ; le Ministre de l’Économie alors en fonction reprenant le sujet à son compte, allant jusqu’à porter fièrement la fameuse marinière. C’est à ce moment-là que j’ai pensé qu’il était possible de s’éloigner des grandes enseignes pour favoriser des acteurs indépendants.
À ma grande surprise, c’était difficile en pratique comme l’a prouvé l’expérience de Benjamin Carle !Devenir acteur de sa société
Je me suis d’abord dirigée vers quelques boutiques parisiennes qui assuraient fabriquer en France. Mais je me suis rendu compte qu’une partie estampillée « made in France » ne garantissait pas à 100% des conditions de conditions de travail respectueuses des droits humains.

Heureusement, j’ai fini par découvrir qu’on pouvait déjà compter sur quelques marques et boutiques éco-responsables comme L’Herbe Rouge, un pionnier de l’éco-conception, MyPhilosophy, ArmedAngels, Komodo, People Tree, Misericordia, Patagonia, Skunkfunk, Veja ou Ekyog et des boutiques multi-marques comme Le Sourire Multicolore, Modetic, Altermundi, Mlle Bambou. Beaucoup de marques se sont lancées dans les années 2000 mais une bonne partie a subi la crise de 2008 de plein fouet comme beaucoup de marques du secteur textile.

En décembre 2015, j’ai participé à différentes conférence durant la COP21, j’y ai rencontré Isabelle Quéhé, créatrice de l’événement « Changer la Mode pour le Climat ». Isabelle étant aussi la fondatrice de l’Ethical Fashion Show (première édition en 2004) et coordinatrice de Fashion Revolution France, mouvement que j’ai rejoint et dans lequel je m’implique bénévolement.

« LA NOUVELLE GÉNÉRATION »

J’ai aussi pris conscience que peu de personnes savaient qu’il était possible de s’habiller autrement. Sur Internet, c’était quasiment inexistant, presque personne n’en parlait.

En 5 ans, on a assisté à une prise de conscience générale qui se traduit par une modification des modes de consommation : on fait moins d’achat d’impulsion, on se renseigne… 62% des Français souhaitent plus de transparence de la part des marques*.

Le Rana Plaza a été un véritable déclencheur, tout comme le reportage THE TRUE COST sorti deux ans après (visible en vidéo à la demande et sur Netflix – ndlr) ! Beaucoup de lecteurs de SloWeAre me disent avoir changé leur consommation après avoir visionné ce film.

Le premier shooting SloWeAre – Jupe Ally Rose, Tote Bag Besight, top My Phylosophy, headband Laure Derrey – Photographe : Audrey Wnent, Les Monades.

L’offre est beaucoup plus diverse désormais. On trouve des marques pour tous les styles, pour tous les goûts, toutes les sensibilités : locale, végane, écolo…
Les sites e-commerce de Dressing Responsable ou Dream Act prouvent eux aussi qu’une demande existe. Une dizaine de nouveaux sites e-commerce va d’ailleurs voir le jour dans les mois à venir. Une nouvelle génération d’entrepreneurs ou créateurs se lance avec des convictions personnelles, soutenues par le grand public notamment, via les campagnes de crowdfunding.

On trouve aussi sur Internet profusion de blogs sympas et instructifs comme celui de The New Wardrobe, Happy New Green, Bloomers, Iznowgood, Orelie, Mademoiselle Coccinelle, Je deviens écolo… qui « glamourisent » la mode éco-responsable. Sans oublier le rôle de SloWeAre pour identifier les acteurs de la mode éco-responsable, valider leurs démarches et les mettre en lumière tout en rassemblant une communauté de femmes, d’hommes désireux d’une mode stylée et éthique.

« UNE VOLONTÉ DE TRANSITION »

D’autres phénomènes et engouements participent au développement de la mode éco-responsable. La cause animale a pris de l’importance et l’offre de marques véganes aussi, portée par le développement de nouvelles matières innovantes, substitut au cuir. Bémol à cela, les fabricants ne sont malheureusement pas toujours transparents sur les procédés de transformation ou sur l’aspect écologique de ces matières artificielles.Devenir acteur de sa société

Autres mouvements : le minimalisme, le zéro déchet (incluant l’upcycling, la location, la seconde main). Tout cela est lié au trop plein de choses, d’objets, à la sensation d’un encombrement de notre chez-nous qui nous donne envie de retourner à l’essentiel. Et qui permet d’avoir un impact positif sur l’écologie.

Eloïse Moigno aux côtés de Frédérique Leininger de Maison FMK et Aurélie Pitaval du blog Orélie, pour la journée Happy Wear, la mode qui fait du bien, organisée par SloWeAre à la Bellevilloise (novembre 2017).

Le lien entre tout ça, c’est un engagement sincère et une volonté de transition : ça démarre souvent à partir d’une alimentation bio, puis on se met à acheter des cosmétiques naturelles et finalement, quid de sa garde-robe ? Ai-je besoin de tout ça ? Où et comment sont fabriqués mes vêtements ?
Tout ça correspond à une volonté de devenir acteur de sa société, de ne pas subir l’influence de la publicité.

« UN ÉQUILIBRE SUBTIL »

Qu’est-ce qui est toujours aussi grave ? La surconsommation, la course aux bas prix. Des enseignes de mode qui proposent de l’ultra-fast Fashion, des sites comme Alibaba (ce géant de l’e-commerce chinois qui propose des accessoires de mode à 1€).
Des grandes enseignes de mode qui communiquent sur des actions éco-responsables mais, quand on creuse un peu, dont on se rend vite compte que le discours est vide. C’est difficile pour un consommateur peu informé de faire la différence entre le discours et la réalité.

Le marché du textile est volatile et les business models de la mode éthique sont encore plus fragiles en raison des faibles marges, car le consommateur n’est plus habitué à payer le prix juste. Donc il faut que le marché s’adapte en arrivant à atteindre son minimum de viabilité en prenant en compte deux critères : un marché de niche et des coûts de production plus élevés que la fast-fashion. L’équilibre est subtil mais des entreprises y parviennent, et c’est à nous, en tant que consommateur, qui pouvons les soutenir.

* Étude Promise Consulting INC pour le Forum mondial des droits de l’homme 2013

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